Coulisses

Il manque un bâtiment sur la carte : pourquoi, et comment l'ajouter

Publié le 28 juillet 2026 · par l'équipe JIXTER · lecture 6 min

La carte d'Ilotia, construite à partir des données OpenStreetMap de la ville de la saison
Ilotia ne dessine pas ses bâtiments : il recopie ceux d'OpenStreetMap, la carte libre du monde.

Ça arrive : tu cherches un endroit que tu connais par coeur — la mairie annexe, ton école, les archives municipales — et il n'y a rien. Un trou dans le tissu des parcelles. Ce n'est ni un bug d'affichage, ni un oubli volontaire de notre part. C'est presque toujours la même cause, et la bonne nouvelle, c'est que tu peux la corriger toi-même en quelques minutes.

D'où vient la carte d'Ilotia ?

Ilotia ne dessine aucun bâtiment. Le jeu recopie une carte existante : OpenStreetMap, souvent abrégée « OSM ».

OpenStreetMap, c'est la carte libre du monde. Imagine Wikipédia, mais pour la géographie : une carte mondiale que n'importe qui peut consulter, utiliser et corriger gratuitement. Elle n'appartient à aucune entreprise. Elle est écrite, rue par rue et toit par toit, par des centaines de milliers de personnes ordinaires — des habitants, des pompiers, des cyclistes, des passionnés — depuis 2004. Quand tu vois une carte dans une application de vélo, chez un livreur ou dans un jeu comme le nôtre, il y a de fortes chances que ce soit OpenStreetMap dessous.

Au début de chaque saison, on prend la ville concernée et on demande à OSM la liste de toutes ses emprises de bâtiments : le contour de chaque toit, son nom quand il en a un. À Tours, ça fait plus de 62 000 formes. Chacune devient une parcelle achetable. Le plateau de jeu est donc, littéralement, un décalque de la carte libre.

La conséquence, en une phrase

Si un bâtiment n'est pas dans OpenStreetMap, il ne peut pas être dans Ilotia. Le jeu ne peut pas inventer ce que la carte ne dit pas.

Pourquoi un bâtiment bien réel peut-il manquer ?

Il y a deux cas, et le second est le plus déroutant.

1. Personne ne l'a encore dessiné

OSM est faite par des bénévoles. Les centres-villes français sont très bien couverts, mais une construction récente, un hangar au fond d'une zone d'activité ou une extension peuvent n'avoir jamais été cartographiés. Personne n'est passé par là avec l'envie de le dessiner. C'est tout.

2. Il est dessiné, mais il n'est pas étiqueté comme un bâtiment

C'est le cas le plus fréquent — et le plus invisible. Dans OpenStreetMap, un contour tout seul ne veut rien dire. Ce qui donne un sens à une forme, ce sont ses étiquettes (les « tags ») : de petites paires du genre building = yes (« ceci est un bâtiment »), name = Mairie, amenity = school (« c'est une école »).

Un objet peut donc avoir un nom, une notice de monument historique, une fiche Wikipédia… et ne pas porter l'étiquette « ceci est un bâtiment ». Sur une carte classique, il s'affichera quand même, parce que ses autres étiquettes suffisent à le dessiner. Mais pour un programme qui demande « donne-moi tous les bâtiments », il est littéralement invisible.

Exemple vécu, signalé par un joueur en juillet 2026 : les Archives Municipales de Tours, place Saint-Éloi. L'objet existe dans OSM depuis des années. Il a son nom, son ancien nom (l'ancien Prieuré Saint-Éloi), son numéro de monument historique inscrit en 1932, son identifiant Wikidata. Mais il était encore étiqueté lieu de culte, héritage de son passé de prieuré, et il ne portait aucune étiquette « bâtiment ». Résultat : absent des 62 000 emprises importées, alors que son voisin à 37 mètres était bien là. Le joueur avait parfaitement raison.

Comment l'ajouter toi-même, pas à pas

Tu n'as besoin d'aucune compétence technique, d'aucun logiciel, et ça ne coûte rien. Tout se fait dans le navigateur, en français. Compte une dizaine de minutes la première fois.

  1. Crée un compte gratuit. Va sur openstreetmap.org et inscris-toi avec une adresse e-mail. Tu recevras un message de confirmation à valider. C'est le seul moment un peu administratif de l'opération.
  2. Retrouve l'endroit. Dans la barre de recherche en haut à gauche, tape l'adresse ou le nom du lieu. Puis zoome, vraiment : jusqu'à distinguer les toits des maisons voisines. Tant que tu es trop loin, l'éditeur reste désactivé — c'est une sécurité pour éviter les gros ratés.
  3. Ouvre l'éditeur. Clique sur le bouton Modifier, en haut à gauche. L'éditeur s'appelle iD ; il s'ouvre dans la page, sans installation. Un tutoriel de bienvenue s'affiche la première fois : il vaut le détour, il dure cinq minutes.
  4. Dessine le contour. En haut, clique sur Zone. Puis, sur la photo aérienne, clique sur chaque coin du toit, un clic par angle, en faisant le tour. Pour fermer la forme, reviens cliquer sur ton tout premier point (ou appuie sur Entrée). Tu viens de dessiner l'emprise.
  5. Dis ce que c'est. Un panneau s'ouvre à gauche et te demande le type d'objet. Tape « bâtiment » et choisis Bâtiment dans la liste. Renseigne le champ Nom s'il s'agit d'un lieu identifié (« Archives municipales », « École Jean-Moulin »). Si tu connais mieux la fonction du lieu, tu peux choisir un type plus précis (école, mairie, commerce) : c'est encore mieux, mais pas obligatoire.
  6. Enregistre. Clique sur Enregistrer en haut à droite, écris une phrase décrivant ce que tu as fait (« ajout du bâtiment des archives municipales, relevé sur place »), et publie. C'est fini : ta modification est en ligne, visible par le monde entier en quelques minutes.

Le bâtiment existe déjà mais il lui manque l'étiquette ?

Encore plus simple, et il n'y a rien à dessiner. Clique sur la forme existante pour la sélectionner, puis, dans le panneau de gauche, descends jusqu'au bloc Toutes les étiquettes (parfois écrit « Tous les tags »). Clique sur + et ajoute une ligne : à gauche building, à droite yes. Enregistre. C'est tout.

Petite règle d'or de la communauté : ne décris que ce que tu sais vrai. On ne recopie jamais Google Maps ni une autre carte propriétaire — c'est interdit. On relève ce qu'on a vu sur place, ou ce que montre la photo aérienne.

Et si tu n'as pas envie de le faire ?

C'est parfaitement légitime, et ce n'est pas à toi de faire ce travail. Signale-le-nous simplement depuis le bouton « Suggestion » du jeu, en indiquant le nom du lieu et sa rue. On s'en occupe : on vérifie la donnée, on corrige OpenStreetMap si le trou vient de là, et on te tient au courant.

C'est d'ailleurs ce qui s'est passé pour les Archives Municipales de Tours : un joueur a signalé le manque, le problème a été remonté à OpenStreetMap, et le bâtiment a été ajouté au plateau de la saison en cours.

Quand la correction apparaît-elle dans le jeu ?

Il y a un délai, et il est volontaire. Le plateau d'une ville est figé au début de la saison : sinon, des parcelles apparaîtraient et disparaîtraient sous les yeux des joueurs en pleine partie, et un empire construit patiemment pourrait se retrouver redécoupé. Une carte de jeu doit être stable.

Une correction faite dans OpenStreetMap est donc reprise à la prochaine génération de la ville. Quand le manque est flagrant et qu'un joueur l'a signalé, on peut aussi ajouter le bâtiment manuellement en cours de saison, sans toucher aux parcelles existantes — c'est ce qu'on a fait pour les archives de Tours.

Pourquoi ça vaut le coup

Corriger la carte pour un jeu, ça peut paraître dérisoire. Ça ne l'est pas. Ta modification ne reste pas chez nous : elle part dans OpenStreetMap, c'est-à-dire dans la carte qu'utilisent des applications de randonnée, des livreurs, des collectivités, des services de secours et des milliers de sites. Ajouter le bâtiment qui manquait dans ton quartier, c'est améliorer la carte de tout le monde, pour toujours — et accessoirement, gagner une parcelle de plus à convoiter la saison prochaine.

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